Macron : un projet d’école néolibéral et réactionnaire

jeudi 11 mai 2017, par Sud Education Manche

L’élection d’E. Macron annonce une brusque accélération dans la mise en œuvre des politiques de déréglementation qui ont été menées ces dernières décennies. Le projet de société du candidat du CAC-40 est sans ambiguïté. Il s’agit d’une entreprise de régression sociale, de destruction des droits sociaux, des solidarités et des services publics, au bénéfice des classes possédantes. Son projet pour l’école est également dangereux. Il s’agit d’abord de continuer les politiques de mise en concurrence menées par les gouvernements précédents. De la « refondation » du dernier quinquennat, il veut conserver et aggraver toutes les contre-réformes néolibérales de structure.

Mais il entend en parallèle imposer un nouveau tournant réactionnaire à l’école. 
A la tête du projet d’EM pour l’école, il y a une certaine Fanny Anor, qui était jusqu’à récemment salariée de l’Institut Montaigne, un lobby néolibéral créé par l’homme d’affaires Claude Bébéar, qui prône notamment depuis des années l’autonomisation complète des établissements et la numérisation maximale de l’école.

1 - Tout sur le « lire-écrire-compter »
L’école primaire (élémentaire ET maternelle… et même les crèches !) sera pour l’essentiel réduite à la fonction d’apprendre à « lire-écrire-compter » (les « fondamentaux »). Traduction : risque de disparition des projets de classe et de réduction des horaires de matières dites « secondaires ».

2 - Individualisation à tout va
En primaire comme au collège, les logiques individualistes et de stigmatisation seront encore renforcées. Des dispositifs qui ont montré leur inefficacité sont à nouveau mis en avant. Les stages de remise à niveau pendant les vacances seront généralisés et le pseudo accompagnement personnalisé sera maintenu, au détriment de l’enseignement adapté et de réponses globales comme la réduction générale des effectifs par classe.
De nouveaux pas dans la destruction du collège unique sont déjà annoncés, puisque le projet prévoit une individualisation des parcours. Des évaluations nationales auront lieu tous les ans en début d’année scolaire de la grande section à la 3e… Et bien entendu ces évaluations seront numérisées. Cela s’inscrit dans un grand plan de constitution d’un casier scolaire au service du patronat, assurant la traçabilité des élèves dès le plus jeune âge. Le Livret Scolaire Unique Numérique en est l’étape en
cours de déploiement. Ses fonctionnalités pourront être étendues en quelques clics pour intégrer entre autres ces évaluations annuelles.

3. Professionnalisation pour le patronat
Les trois voies du lycée se voient orientées vers une mission d’insertion professionnelle. L’enseignement professionnel sous statut scolaire est plus que jamais
menacé, avec notamment le transfert de la gestion de l’enseignement professionnel aux régions. Ce qui est programmé pour les élèves, c’est le développement à tout
va de l’apprentissage – un formatage au service du patronat local, une régression
historique – et même du pré-apprentissage dès le collège : le tri social doit commencer le plus tôt possible !

5 - Autonomie et contractualisation
Le processus de territorialisation, d’autonomisation des établissements et de
contractualisation verra de nouvelles étapes se déployer. Les communes auront toute
liberté d’organiser « sans contrainte » le temps scolaire (sur 4 jours, 4,5, etc.) et périscolaire.

La réforme du collège, comme celle du lycée, est maintenue dans sa structure, mais les 20% de la dotation laissés à l’autonomie seront désormais totalement à la discrétion des établissements sans aucune règle nationale, pour permettre notamment la relance des options les plus explicitement reproductrices des hiérarchies sociales.
L’autonomie des collèges et des lycées sera totale en matière de projet d’établissement… avec un diagnostic obligatoire tous les 3 ans, qui donnera lieu à une évaluation publique et qui conditionnera les engagements du ministère. L’« agence du diagnostic et de l’évaluation » pourra ainsi décider de renforcer l’équipe de direction d’un établissement (au cas où il y aurait des équipes trop peu dociles pour marcher au pas ?). Les chef-fe-s d’établissement des collèges de l’éducation prioritaire pourront procéder à un recrutement local des enseignant-e-s.

6 - Attaques sur le bac et le droit à l’université
Le bac sera réformé pour ne plus comporter que 4 épreuves terminales. Cela renforce encore l’idée qu’il y a des matières importantes et d’autres qui le sont moins. Autres inconvénients : une telle réforme retirerait aux élèves leur droit à l’anonymat au cours des examens, elle autoriserait des versions plus ou moins « locales » des épreuves, leur ôtant leur valeur nationale. Quelle serait la valeur d’un bac obtenu dans une académie dite « défavorisée » ?
L’introduction de pré-requis pour entrer à la fac, sous couvert de lutter contre l’échec, peut apparaître a priori comme une bonne idée. En réalité, on ne sait même pas de quoi vient cet échec : manque de préparation à des méthodes de recherches ? Niveau insuffisant de certains élèves ? Double-journée de nombreux étudiants, obligés de travailler pour vivre ?... Il y a sûrement de multiples raisons. Dans tous les cas, cette nouveauté permettra aux universités « autonomes » de trier et refuser certains étudiants.

7- Ubérisation et numérisation
Le processus d’ubérisation n’épargnera pas l’école et ses personnels. Le projet fait par exemple appel aux services civiques – une main d’œuvre sous-payée, sans statut durable et sans contrat de travail. Ainsi, lors de nos visites aux écoles, il nous est arrivé de rencontrer des collègues surchargés à qui l’IEN répond qu’ils doivent s’estimer heureux d’avoir un service civique à disposition !
La formation continue de trois jours par an se fera manifestement sur des contenus imposés, la moitié via des modules en ligne. La numérisation de l’école sera encore accentuée avec la multiplication des supports et applications numériques que les élèves et les enseignant-e-s devront utiliser.

8- Effets d’annonces sur les REP/REP+
Autre fausse bonne nouvelle, la baisse annoncée des effectifs par classe en CP et CE1 en REP/REP+ se fera à 85% par des redéploiements de postes. Dès la rentrée prochaine (est-ce réalisable ?), les 5000 « Plus de maîtres que de classes » seraient ainsi redéployé-e-s en CP/CE1, ce qui sera loin de couvrir toutes les classes concernées à plein temps.
Conséquences probables : effectifs alourdis dans les autres écoles, non-REP mais parfois en grande difficulté, réduction du nombre d’écoles et établissements en REP.

9- Une école du tri social
L’école qui vient sera toujours davantage une école du tri social : cette logique se retrouve à tous les niveaux, avec les évaluations nationales dès la grande section, l’accroissement des orientations contraintes au collège, la mise en avant de l’apprentissage, le développement des options de reproduction sociale et de l’individualisation des parcours, la sélection à l’entrée à l’université…

En accroissant l’autonomie et la mise en concurrence, en produisant une école réduite au « lire-écrire-compter » pour les pauvres et en multipliant les processus de sélection sociale, l’école d’Emmanuel Macron poursuit l’adaptation du service (de moins en moins) public d’éducation aux besoins du capitalisme néo-libéral.

C’est sur tous ces aspects que celles et ceux qui portent des alternatives pédagogiques et sociales doivent faire front, pour résister à ce processus et faire naître un tout autre projet pour une école égalitaire et émancipatrice. SUD éducation est de ce combat pour une autre école, une autre société.

Tract école / élection Macron

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